Carnets de plongée
Carnets de plongée
Prendre ou regagner confiance
20 juin 2011
Alex, n’est guère à l’aise dans sa combinaison de plongée par ce petit matin de juin qui aurait pu être plus beau. Les nuages et l’humidité salutaire aux jardins accompagnent cependant ce stage de formation initiale à la plongée sous-marine. La veille j’avais travaillé avec Ludovic et Sébastien qui était aussi à l’aise dans l’eau que des plongeurs certifiés. Ils n’auront aucune peine à démontrer la maitrise de toutes les compétences voulues pour attester de leur capacité de nouveau plongeur. Pour Alex au contraire ce fut hier une petite galère malgré tous les soins attentifs de Phil. Pour la seconde journée, nous décidons de changer les équipes : je vais travailler avec Alex et essayer de résoudre comme je pourrai ses difficultés. Le changement de formateur ne pourra pas aggraver la situation jugée un peu délicate.
Pas de difficultés pour gréer le scaphandre, Alex est même bien avance sur l’horaire et déjà tout équipé. Dans l’eau où l’on a pieds, je vois la tension monter. Je lui montre comment ne pas se fatiguer en surface et comment passer chaque palme aisément en prenant un appui sur son scaphandre bien gonflé à proximité. Tout faire d’un geste lent et à coup sûr. Pareil pour capeler le scaphandre, on s’assoit dessus puis on glisse sans effort les deux bras simultanément dans les bretelles ayant pris soin de dégager préalablement tous les flexibles pour ne pas s’emmêler dedans. On se laisse porter par l’eau sans effort. Le stress et l’effort mène à l’essoufflement et à la fatigue qui n’est pas le but d’une plongée ...
Je calme Alex en lui expliquant le «predive check» incontournable dans «mon» école de plongée : bouteille sur gilet (bien gréée, bien serrée), air (ouvert à fond, circuit principal et de secours, raccords OK, purges), lest, largage, OK final (état physique et moral de l’équipier). On regarde maintenant comment se «peser» dans l’eau là où on a plus pieds pour savoir si la quantité de lest est correcte ou non. J’indique maintenant à Alex qu’on va aller en surface dans la zone la moins profonde à environ 30 m d’ici. J’en profite pour voir que le palmage n’est pas trop mal. Dans 1,50m d’eau on va au «piquet», un pieu immergé bien utile pour s’y tenir. En surface toujours, je vérifie que Alex sait retirer son embout dans l’eau et vider son masque, ce qui ne pose pas de problème.
Le problème d’Alex c’est le stress qui le tétanise littéralement, l’empêchant instinctivement de respirer avec une amplitude normale. Poumons pleins, Alex halète superficiellement, déséquilibré par le bloc d’acier qu’il a dans le dos. Même en s’aidant du piquet, il lui est impossible de se mettre à genoux sous l’eau sans tomber le derrière par terre et essayer en force de se redresser.
Je lui explique que même s’il est sur le dos, il lui suffit de se retourner en tournant sur lui même pour se retrouver à plat ventre. J’arrive à le stabiliser dans cette position en lui remettant un 1kg supplémentaire que j’avais dans ma poche au cas où (l’effet est souvent plus psychologique qu’autre chose mais bon). Mon but est de le faire respirer au rythme des plongeurs tout en fluidité et en calme dans cette position stable et tranquille.
Il ventile maintenant correctement et réussi même a enlever son masque complètement, le vider et le remettre. Je peux maintenant lui montrer comment la respiration influe sur la flottabilité. Pivotant seulement sur le bout des palmes, bien équilibré et calme, on inspire, çà monte, on souffle, çà descend avec ces 2 à 3s de décalage propre au milieu aquatique.
Bien, ayant vérifié les bases minimum (savoir vider son masque et enlever/reprendre son embout). Je peux lui proposer de nous déplacer un peu dans la pente douce avec un peu plus de profondeur. Les carpes, les rotengles, les chevesnes, les carassin, les brèmes, les perches soleil et communes sont tous là pour nous distraire un moment et nous assurer de leur totale complicité pour notre mutation en hommes poissons (ou grenouilles si on veut ...). Avec un oeil continu sur Alex, on glisse au ras du sédiment et j’arrive à stabiliser Alex ainsi lui montrant continuellement de souffler dans le calme.
Cà marche pas mal et cette balade lui est complètement salutaire. Je peux maintenant lui faire mettre un peu d’air dans on gilet pour l’alléger. On refait du «pivot sur palme» pour s’habituer à gérer la flottabilité. Hélas quand on repart, il prend une énorme bouffée d’air qui le propulse en l’air. Je ne fais que faire le signe de souffler continuellement et d’agir avec parcimonie ... Continuons ainsi à nous balader car je vois que c’est bénéfique. On ne dépasse pas 6m avant de revenir dans la zone peu profonde pour faire des exercice de panne d’air simulées qui ne pose moins de problème à Alex que son équilibre.
Un palmage ultra lent, se laisser glisser sans mouvement brusque, profiter déjà de ces instants privilégiés où on est sous l’eau à regarder bêtement ce qui s’y passe. Le calme installé définitivement et revenu à un bout de référence à 3m, il ne nous reste plus qu’à faire notre remontée («en 5 points» bien sûr ...) dans un calme tout aussi olympien.
Alors? «çà va bien mieux qu’hier, j’ai senti l’effet de la respiration et à ne plus tomber en arrière». Renforcement positif, ce qu’il a bien fait, résolution des problèmes avec une solution tangible, les objectifs à nouveau. C’est OK, pause déjeuner et détente pour tout le monde.
13h le soleil est de la partie et renfiler la combi humide n’est même pas désagréable. Discrètement on se fait un plan : bon, pour le «ludion», décaplé sous l’eau et la nage sans masque, Alex est trop «just» sur le contrôle de sa flottabilité. Mieux vaudra perfectionner son contrôle sur un pivot sur palmes dans un premier temps. Je n’arriverai d’ailleurs pas à le faire décoller sans qu’il perde son équilibre en retombant lourdement sur les fesses. Il faudra clairement plus de séances et prise de confiance en soi mais cela va venir.
On va donc se contenter de re-simuler des pannes d’air et de continuer à gérer sa respiration. Dans cette 4ème séance du week end, Alex n’est pas aussi assuré que les autres, mais il n’y a pas eu d’échec personnel. La peur s’est transformée en courage. Bientôt le courage se transformera progressivement en une sorte de sérénité, ce ne sera qu’une question de temps.
La veille au soir, j’avais accompagné Jean-Claude, formé à une autre école que «la mienne» qui s’était fait une frayeur en plongée sans doute en ayant mal ouvert sa bouteille dans des conditions de plongée un peu caricaturale (genre «go! go! go!») agrémenté d’une belle pression collective. Arrivé sur réserve (50 bars), le débit devint infime, panne d’air à 12m, remontée seul en vague expiration, heureusement sans dégât physique. Le moral par contre ...
Exactement les mêmes signes : fébrilité et équipement laborieux (en force). Exactement le même traitement : calme, méthode, et plaisir ! La plongée ne devrait jamais être autrement.
Lorsqu’on est nouvel instructeur et qu’on travaille en équipe en formation initiale, on peut choisir que les plus expérimentés s’occupent des cas moins faciles alors que les autres forment les élèves plus à l’aise pour gagner de l’expérience. Mais un beau jour la facilité ne peut plus être la routine et ce fut à mon tour.